— Pas sûr ! Mais un bon petit système qui tient la route et maintient l’esprit ouvert, ce que les systèmes font rarement.
J’ai rempli ce que je considérais comme mon contrat : essayer de savoir ce que je sais et, surtout, ce que je ne sais pas.
♫ L’incomplétude n’est pas une tare. Rigueur et ouverture ne sont pas incompatibles.

Systèmes de la nature, systèmes philosophiques…

Sitôt inventée l’écriture…, pas du tout ! C’est après un délai de quelques siècles que les Sages, les conteurs et les scribes —il fallait savoir écrire !— ont inauguré et cultivé un éventail de genres littéraires sapientaux, narratifs ou spéculatifs : maximes et recommandations, conseils aux défunts, hymnes et prières, cosmogonies et mythes, récits et contes, épopées, chroniques royales et biographies, poèmes…. La Grèce offre une particularité tardive mais caractéristique : les deux siècles dits « présocratiques » ont laissé pas moins de vingt « Traités de la nature » —vingt connus et/ou conservés, donc bien davantage au total.

Le délai mentionné ci-dessus est si général qu’on peut le penser nécessaire. L’écriture des premiers siècles n’e s’est prêtée qu’à l’utilitaire immédiat et pragmatique, au commercial, aux décisions étatiques. Et puis l’on se serait dit : pourquoi pas écrire autre chose ? Ceci laisse penser que la première motivation n’a pas été littéraire ni philosophique, mais triviale et utilitaire.

Le genre « système » est apparu très progressivement dans l’Antiquité classique. Encore le système lui-même n’est-il souvent que reconstitué par la suite, non sans risques et doutes ; ces exercices se pratiquent encore de nos jours lorsque quelqu’un s’avise que telle œuvre contient, sans le dire, les éléments d’un système !. En revanche, passée la Renaissance, le genre devient fréquent, du moins en Occident.

La PhS, consciente de mettre en scène un certain nombre de principes relevant de diverses disciplines, s’est fait un devoir de les rassembler et de les ordonner, cédant ainsi à un besoin d’ordre, de classification et de synthèse assez courant dans notre espèce… Et le système de la PhS fait l’objet du dernier chapitre de Exercices, sagement décomposé en douze postulats et douze propositions. Un autre « exercice », dans le même volume, a porté sur une analyse sommaire du monde de Léonard de Vinci, tel que reconstitué à partir de ses Carnets. Léonard : pluridisciplinaire (cela va sans dire à l’époque), imprégné de micro-macrocosme, épris de principes physiques ou psychophysiques unificateurs, holiste avant l’invention du holisme (par J. Smuts vers 1920), enfin évolutionniste et systémiste : un authentique système du monde, une philosophie de la nature également. Plus rapidement encore est examiné le travail de Raymond Lulle, un écrivain catalan du XIIIème siècle, autant que philosophe, théologien et poète mais aussi précurseur incontestable de la systémique (Matériau).

Au vingtième siècle, cependant, il est une personnalité scientifique qui pourra davantage retenir l’attention,, et égard à sa notoriété. Il s’agit de Werner Heisenberg physicien célèbre et philosophe ignoré. Ce fut une découverte non moins importante que celle de la malle de Newton : un manuscrit écrit sous les bombes, à Berlin en 1942 ; manuscrit mis au placard par son auteur pendant trente ans, publié post mortem malgré la volonté du vivant, re-publié même, remis au placard (par l’intelligentsia ?), enfin quasi ignoré aujourd’hui des scientifiques comme des philosophes. Dans les Exercices encore, la PhS en a tenté l’analyse sous 7 axiomes et 15 propositions. Mais pourquoi diable suis-je allé cacher le principe d’incertitude dans la seconde catégorie alors que l’auteur le présente en toute clarté et sous son acception la plus généralisée, étendue même aux interactions pensée/langage ?

À chaque jour suffit sa peine ? Sans amour, la triste rengaine ! Mieux vaut se dire, ma foi : À chaque instant suffit sa joie.