Homo sapiens (abrév. Hs), la folle équipée !
♫ Ramenés à la durée d’une vie individuelle, les deux millions d’années d’évolution humaine prennent l’aspect d’une pathologie.
♫ Entre pensée et langage, les comptes ne sont pas soldés, loin de là !
♫ Vivement une bonne petite émergence ! Mais les sociétés humaines semblent ne plus en maîtriser la technique, Hs étant même devenu spécialiste des « émergences ratées ».
♫ L’évolution humaine ne culmine pas avec les supposés chefs d’œuvre que nous sommes, vous et moi. L’homme n’est pas achevé, l’aventure se poursuit.

L’aventure humaine

Le cerveau, on l’aura assez entendu, un ordinateur ? Certes, si on ne le réduit pas à cela. Car c’est aussi : un transformateur (de multiple en binaire) ; un modélisateur (par représentations superposées) ; un distributeur mixte carotte/bâton (via neuromédiateurs) ; une machine à émergences ; le terrain de jeu du possible et de l’actuel ; et autres choses insoupçonnées.

C’est un camp de sélection-élimination de l’info dont l’efficacité devrait  étonner plus que celle de la mémoire ; là réside la fonction castratrice évoquée plus haut et de là découlent les effets de robotisation.

Il régule les fonctions  organiques, résout  au mieux les conflits inconscients et doit arbitrer, tant bien que mal, les débats au sommet avec… la conscience ! (cf. Président contre DG). Et pourtant, dans l’encéphale, nul n’a jamais vu le Cerveau.

Petite cervelle d’agneau, plissotée et moutonneuse dans mon assiette… Qui donc, pour blaguer, m’en a serti un kilo sur la tête ?


Ça ne fait rien, petite cervelle,
je t’aime comme ma sœur !
Mais ne m’en fais point accroire :
Je ne sçaurais oïr,
fût-ce de mon pensoir,
comment je dois penser !

(cit. de source inconnue, env. XVIe siècle).

La « pathologie » évoquée ci-dessus, c’est la double hypertélie (développement excessif d’un os ou d’un organe) :
— anatomique d’une part (volume crânien et empilement des centres et contrôles cérébraux),
— culturelle d’autre part (langage verbal, mémoire collective, règles et rites).
Le rapprochement qui est fait entre les durées de vie de l’espèce humaine et d’un individu est justifié par l’effarante accélération de l’évolution qui caractérise cette espèce.

Il y a cinquante mille ans, un certain Homo sapiens « super sapiens », qui ne se servait jusque-là de la pensée que pour optimiser ses actions ou préparer des coups, s’est mis à penser « pour rien », à superposer des images mentales et réussir des coups que l’on appellera plus tard généralisations, associations, abstractions, etc. ; en même temps, il travaillait ferme ses vocalises car le langage articulé arrivait, tellement plus précis que les grognements qu’il tenait de ses cousins les singes.

Dans la foulée, il a trouvé des mots pour désigner commodément les choses et exprimer des idées simples et des instructions. Puis survint l’invention ahurissante de l’écriture, très récemment : il y a seulement cinq mille ans. Est-ce alors que L’évolution humaine a pris une accélération fantastique (d’où l’allusion ci-dessus à une pathologie), ou bien cette accélération est-elle continue et auto-accélérée ? Sont concernés, non seulement le volume crânien mais bien d’autres caractères anatomiques ou physiologiques, ainsi bien sûr que les traits culturels et techniques. D’autre part, la complexité de cet ensemble, elle aussi, s’accroît et devient hypercomplexité. Ce dernier trait modifie le régime même du système.

Toute l’histoire est contée dans la première partie (chap. 1-7) du Monde mental.

À propos des émergences : toutes ne réussissent pas. Demandez à l’homme moderne, dirigeants et décideurs compris, comment les rater, il est spécialiste ! Enfin, quelle sera la prochaine émergence ? Chap. « Sous le signe de l’émergence » dans les Fondements.